Alors que près d'un milliard d'êtres humains souffre aujourd'hui de malnutrition, il convient pour nous, fiers pays riches et surproducteurs de biens de consommation, de recycler intelligemment et déontologiquement tout surplus alimentaire normalement destiné à la destruction, comme l'exigent irrémédiablement les rigoristes textes de la Santé publique en cas de dépassement de la DLC.
Il ne s'agit pas uniquement d'éviter ainsi tout risque de développement de nos anticorps, mais bien de laver salutairement notre majestueuse conscience de tout superflu sentiment de culpabilité, dont la durée de vie est quant à elle quelque peu indéterminée.
Fort heureusement, pour le salut de nos âmes à peine périmées, il existe au sein des multinationales de performants départements marketing qui redoublent d'efforts et rivalisent d'ingéniosité pour nous vanter certains produits cosmétiques toujours davantage innovants en matière de reconversion nutritive.
C'est ainsi qu'il nous est possible par exemple de dénicher à l'heure actuelle sur le marché une alléchante gamme de shampoings à base de cacao, de gelée royale, d'huile de germe de blé, de lait de chèvre, de carotte, d'ananas... etc.
Aussi, faisons fi de notre légendaire égocentrisme, chers compatriotes nantis, et dispensons cet avisé conseil à nos voisins pauvres à l'estomac démuni d'apports énergétiques réguliers :
pour être en bonne santé, mangez nos cheveux.
N'oublions toutefois pas d'inciter nos convives à respecter le principe d'ingestion de cinq mèches de cheveux par jour, à heures fixes ; on ne plaisante pas avec le Programme National Nutrition Santé, tout de même.
Illustration : Vertumnes - Giuseppe Arcimboldo
mercredi 16 juillet 2008
Cap hilare
jeudi 10 juillet 2008
La fin des haricots
Il y a tout juste une semaine, la Main baladeuse de Dieu s'est agitée frénétiquement au-dessus de la ville de Rennes pendant une poignée de minutes, activité suprêmement masturbatoire s'il en est, vulgairement nommée "orage grêligène" par les oracles hasardeux de la Pythie Météo France.
Cette courte et divine plaisanterie m'a cruellement fait prendre conscience de la fragilité de la Vie : le petit jardin potager dont je vous narrais fièrement la croissance arrogante sur ma modeste terrasse citadine a vécu son propre Fahrenheit 9/11, dont je ne fus que l'unique témoin. Ne disposant à ce moment précis du moindre casque de firefighter estampillé FDNY afin de braver cette soudaine chute de blocs de glace, j'ai dû douloureusement assister, impuissant, au génocide de ma progéniture végétale.
De cette funeste mésaventure, il existait forcément une morale à extraire.
Afin d'y méditer, je me suis alors servi un grand verre de vodka et allumé une cigarette.
Autant en effet profiter des rares plaisirs subsistants, surtout lorsque les glaçons sont abondants et gratuits, n'est-ce pas...